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• SANDRÈS •

peinture

UNE EXPOSITION DE L'ARTISTE EST EN PREPARATION.

Pour Sandrès, la peinture n’est pas un art reproducteur mais créateur. Sensible au monde qui l’entoure, elle en tire des sen- sations qu’elle exprime dans ses œuvres.

Influencée par le cubisme, notammentcelui de Cézanne, puis par Kandinsky, Franz Marc et Braque, elle introduit dans sa palette des couleurs chaudes.

L’œuvre de Sandrès est le fruit d’un long développement, d’une maturation etd’une intense réflexion théorique fondéssur son expérience personnelle de peintre. Son esprit est tendu vers la beauté etun profond désir spirituel qualifié de« nécessité intérieure », principe essentiel de l’art.

A partir de 1998, elle fait l’amalgame de la forme et du fond qu’elle applique à des visions presque abstraites qu’elle ap- pelle le cœur des couleurs. Ces dernières

deviennent de plus en plus éclatantes et se chargent d’un pouvoir émotionnel ainsi que d’une signification cosmique.

Les formes ont un sens et une cohérence indépendante de la représentation des objets du monde. Cette cohérence est liée au geste qui génère, à partir d’un élément premier reflétant la création d’un univers, ces formes qui finissent par devenir une symphonie que l’on nomme musique des sphères, liée à la dynamique des couleurs. Elles peuvent être rythme et mélodie, son et mot, poésie faisant vibrer l’âme d’une certaine façon, réso- nance mise au service du contenu del’œuvre lors de sa lecture qui se définitchaque fois d’après une dictée intérieure.

Pour Sandrès, rien n’est définitivement ac- quis. Sa quête demeure incessante dans ce monde en perpétuelle mutation.

La première exposition de Sandrès fut au Musée Gauguin à Tahiti en 1982. Il y a plus de trente cinq ans. Retenons de cette rencontre riche de sens l’idée de recherche paradisiaque. La peinture deviendra ce lieu, cet idéal d’harmonie, de sagesse, d’énergie sereine. L’oeuvre de Sandrès qui s’étend maintenant sur quatre décennies a connu des périodes, des évolutions, mais aucune rupture. Et l’on peut reconnaître un Sandrès quelque soit les époques et les styles. L’exposi- tion de 2019 montre des œuvres réali- sées dans les dix dernières années. Les œuvres, sans titre autre que «Compo- sition», s’inscrivent dans des séries que le regardeur aura à reconstituer, sur deux types de support, huiles peintes sur toile et huiles sur papier toilé. Cette expo- sition montre que l’artiste, loin d’avoir renié ou oublié les styles de période précédente joue sur la coexistence de ces périodes dans cette seconde décennie du XXIe

siècle, gardant les caractéristiques de l’en- semble de l’oeuvre, un art géométrique et non pas abstrait.

La peintre avait pris pour premiers mo- dèles, ses phares à partir desquels elle s’est lancée dans la haute-mer de la toile, Malevitch, Kandinsky, bien sûr, mais aussi Braque, Matisse, August Macke et Fer- nand Léger. Son travail témoigne aussi de ses expériences dans des ateliers d’ar- tistes, Les Dix de Varna pour la gravure, à Moscou et à Kiev pour la peinture et dans de nombreux ateliers autour du monde. Est-ce le constructivisme russe qui fut à l’origine de sa passion pour l’art russe et de sa collection d’art russo-soviétique jusqu’à la Perestroïka comprise?

Le but ultime de son travail, son telos,est d’atteindre l’harmonie. Définir l’har- monie picturale n’est pas simple et relève d’une émotion personnelle plus que

d’un jugement. Après tout, Braque, cité par Jean Paulhan avait dit: «Qu’appelle-t- on harmonie? C’est ce dont on ne peut rien dire.» L’harmonie est l’effet produit par une composition rythmique de formes et de couleurs. Sandrès parle des vibra- tions de la couleur et aime à comparer la partition musicale à son travail pictural. La couleur doit vibrer, commente-t-elle, comme une note de musique.

C’est un travail paradoxal: à l’ouverture, la clef et les premières notes qui s’im- posent à partir d’un élan émotionnel, aucun plan élaboré, aucune recette géo- métrique. A partir de ces premières notes, ces premières touches de couleur, com- mence un travail de construction. L’artiste peint à plat, sans chevalet. Elle n’utilise aucun vernis, ne fait aucun mélange de couleurs au préalable, sur une palette par exemple, le mélange se fait sur la toile elle- même. Dans cette construction par les

formes et les couleurs domine l’arrondi sur l’anguleux et le rectangulaire. Le travail est considéré comme achevé quand l’impression d’harmonie l’emporte de manière définitive, quand tous les empiriques es- sais d’ajouter ou de supprimer se révèlent vains.

Dans une étude sur la peinture moderne de L’entretemps: Brèves histoires de l’art, Jean Orizet se demandait: «A quoi reconnaît-on un peintre? A la singularité de ses formes, à sa façon unique de les mettre en espace, à l’usage mystérieux qu’il fait de la matièreet de la couleur -entre la fluidité d’un Matisseet la pâte dense d’un Tapies- pour prendre deux extrêmes. Que ce peintre parvienne à trouver son langage à partir de chacune de ces composantes puis à le mettre en oeuvre, poussé par une impérieuse nécessité, alors celui-là est à coup sûr un authentique créateur.»

Authentique créatrice, depuis quarante ans, Sandrès produit cette orchestration, ce qu’elle comparait aussi à «une poésie graphique». Comme l’écrivait Jean Orizet, l’oeuvre véritable naît «d’une nécessité impérieuse». Chez Sandrès en effet, l’acte de peindre est une nécessité vitale, il est un sismographe de la vie émotionnelle, sensations, états d’esprit, intensités éner- gétiques. L’acte de peindre est ainsi relié au tellurique personnel. Il ne saurait être journalier et obsessionnel mais s’impose d’un coup comme une obsédante et bou- leversante obligation d’un élan personnel, une expérience d’endurance et de persé- vérance, astreinte vers la réconciliation.

Cette peinture chargée d’affects mais avec la mise à distance du géométrique vise à transmettre ces affects, des émotions et sans aucun doute d’abord la sérénité, le sentiment d’équilibre. Les regardeurs font les tableaux, mais surtout si le tableau,

tel un icône ou un mandala, possède cette vertu énergétique et méditative. Sandrès souhaite que la contemplation de son oeuvre transmette une puissance émotionnelle sur son spectateur. Faire vivre la toile pour que la toile vibre dans son regardeur. Cérémonie esthétique, rite silencieux d’apaisement. Regarder pour contempler, suspendre le temps par l’agencement des formes et la vibration des couleurs.

écrit par

Hervé-Pierre Lambert

Ecrivain, critique d’art
Ancien Conseiller culturel, scientifique et de coopération près l’Ambassade de France en Suisse